Maurice Payret-Dortail (1874-1929) n’est pas l’un des « grands noms » de l’architecture, mais cela n’a qu’une importance très relative quand on sait que des créations parmi les plus quelconques : bâtiments publics en tous genres, groupes scolaires et gares, théâtres et mairies, dont la seule vue engendre un profond ennui, sont aussi bien les œuvres de maîtres renommés que d’architectes obscurs…

Certains ont été les auteurs de ces grands ensembles de banlieues, tristes boîtes à dormir (ou « aires de stockage », pour reprendre la formule de l’architecte Roland Castro), omettant prudemment, avec le temps, d’en revendiquer la paternité, ce qui se comprend, tant ils ont engendré, par la nature même de leur conception, malaises, désordres et insécurité.

C’est peut-être à eux et, par avance, que le peintre Fernand Léger (1881-1955) s’adressait lors du Congrès international d’architecture moderne tenu à Athènes en 1933 :

« … Prenons par exemple vos extérieurs. Vous conviendrez avec moi qu’ils vieillissent mal. Les architectes qui vous précédèrent son très différents par le fait de leur ornemental qui fait des reliefs. Le temps, l’usure s’inscrivent en clair-obscur […] Vos maisons nouvelles ne peuvent espérer cet aspect de durée, tout au moins avec les matériaux dont elles sont construites actuellement ; elles ne se patinent pas ; elles se salissent… »

Cela dit, revenons à Maurice Payret-Dortail. Sa carrière sera courte et riche, moins par le nombre de ses réalisations que par l’esprit qui les a animées. Il sera l’un des meilleurs exécutants de l’œuvre d’Henri Sellier, le théoricien du logement social. Tous les deux auront la même idée du « bien loger social », mais aussi de l’impérieuse nécessité de rationaliser la construction.

Dès sa sortie de l’École des Beaux-arts, en 1903, il remporte de nombreux prix dont celui de la Ville de Paris, an 1913. A partir de cette date il travaille pour l’Office Public des Habitations à Bon Marche de la Seine. Après la Grande Guerre, il participe à la reconstruction des régions du Nord-Est.

En revanche, il ne réussira pas à s’imposer dans les projets de réaménagement des anciennes fortifications de Paris qui devaient faire place à des ensembles de logements sociaux et de vastes espaces verts complétés par des aires de jeux et de détente. On sait que, pour l’essentiel, il n’a résulté de ces ambitieuses et généreuses visions que ces massives bâtisses de briques entourant la capitale, le long des boulevards des maréchaux1 et un périphérique à la circulation intense, bruyante et polluante !

René Sedes

(à suivre)

1 Cette « ceinture rouge » comme on l’appelait autrefois, est d’ailleurs l’œuvre d’Henri Sellier.