Maurice Payret-Dortail, l’œuvre inachevée

(suite et fin)

Les réalisations de celui qui donnera son nom au « 13 » au titre de l’Office public des HBM de la Seine seront nombreuses. Citons le lycée « Paul Langevin » à Suresnes où il tire parti de la déclivité du terrain pour la réalisation de cet établissement, comme d’ailleurs il le fera plus tard à Vanves, et la cité HBM de la rue des Quatre-Frères-Peignot dans le 15e arrondissement de Paris.

Sa grande réalisation au titre de l’Office des HBM de la Seine sera la construction des trois cités dont la filiation est évidente. Il édifie tout d’abord, au Plessis-Robinson, la Cité-jardin des Lunettes ou Cité basse (1922-1925) comprenant 80 logements en pavillons et 140 en immeubles. Puis vint le tour de la Cité-square de Vanves (1929-1930) avec 135 logements, pratiquement tous collectifs et enfin, encore au Plaisir-Robinson, la Cité-jardins du Plateau (1931-1939) ou Cité-haute, totalisant 2 000 logements entièrement collectifs, auxquels s’ajouteront après la Seconde Guerre mondiale, 1 500 logements supplémentaires.

Sans entrer dans le détail de la conception des ces trois ensembles, notons tout d’abord la place de plus en plus importante prise par les logements collectifs au détriment des pavillons (déjà, semble-t-il, pour des raisons financières…). Remarquons ensuite que la hauteur des bâtiments ne dépasse pas quatre étages, donc pas de gigantisme vertical, comme nous en connaîtrons plus tard, que l’on utilise au mieux le relief du terrain, donc pas d’horizontalité monotone et enfin qu’un soin tout particulier est apporté à l’hygiène : bonne circulation de l’air, larges fenêtres et loggias importantes, évacuation automatique des ordures, sanitaires et salles de bain avec baignoire et eau chaude, séchoir à linge et chauffage central.

Enfin, bien que de dimensions variables mais ne prenant jamais l’aspect de steppes désertiques, des espace verts, jardins potagers ou jardinets à fleurs, sont présents partout, de même que ce que l’on nomme aujourd’hui des « lieux de convivialité » : auditoriums de plein air destinés à être des aires de réunion (Le Plessis-Robinson), foyer de locataires (Vanves). Le tout complété par le brassage souhaité de personnes de conditions sociales diverses : ouvriers, fonctionnaires, artistes, employés, intellectuels. Ce ne sont pas des « cités-ghettos », ce sont des « cités-creusets ». On est loin, aujourd’hui, d’avoir partout de telles préoccupations et de telles exigences en matière de logement social. Nous trouvons là, les trois éléments qui entreront en ligne de compte dans quasiment tous les projets d’Henri Sellier : logement fonctionnel, hygiène rigoureuse, vie sociale active.

Hélas, Maurice Payret-Dortail n’achèvera pas son œuvre qui s’annonçait des plus intéressantes et des plus prometteuses : il disparaîtra en août 1929, à l’âge de 55 ans, victime d’un accès de fièvre typhoïde. Il ne verra donc pas la construction de la Cité du Plateau au Plessis-Robinson, mais celle de Vanves sera son ultime réalisation. Elle portera d’ailleurs, et fort justement, son nom.

© René Sedes