Henri Sellier, l’humaniste bâtisseur (I)

Henri Sellier, à travers l’un de ses architectes, Payret-Dortail, évoqué précédemment, a été à l’origine de la construction de notre cité. Mais, qui est cet homme, dont l’action va marquer profondément tout se qui se rapporte au logement social et particulièrement celui de la région parisienne, au point de demeurer, aujourd’hui encore, une référence, même pour ceux qui n’appartiennent pas à se famille politique ?

Né en 1883, fils d’un ouvrier de l’arsenal de Bourges, il fait ses études comme bousier et au terme de celles-ci, obtient une licence en droit. Dès l’âge de quinze ans, il s’engage dans le combat politique en adhérant au Parti socialiste révolutionnaire. Il entera ensuite au ministère du Travail.

L’essentiel de ses acquits, il les devra à son militantisme au sein du Parti socialiste et en particulier à Édouard Vaillant (1840-1915). Celui-ci, membre de la Commune de Paris en 1871, sera, jusqu’en 1914, un adversaire résolu de toute collaboration avec les « partis bourgeois ».

« D’Édouard Vaillant, qui m’honorait d’une affection quasi paternelle, dira Henri Sellier, j’ai appris le sens profond des problèmes de l’organisation du travail, de l’hygiène et de la protection sociale, la méthode rigoureuse d’action qui impose, à travers les vicissitudes et les difficultés de l’expérience, la nette perception du but à atteindre ».

Si l’on en juge par son action à venir, la leçon, à l’évidence, n’aura pas été perdue.

De la politique au logement social…

Il sera ensuite influencé par Albert Thomas (1878-1932), autre éminent militant socialiste, avec lequel il collabore à La Revue Syndicaliste, en 1905.

Dès ce moment, il considérera que les problèmes du logement populaire, tant dans la capitale que dans sa banlieue, forment un tout qui doit, par conséquent, être considéré globalement, sans tenir compte des particularismes des quartiers ou des communes.

Conseiller municipal à Puteaux en 1909, conseiller général de la Seine en 1910, maire de Suresnes en 1919, sa carrière politique sera rapide. Profitant des dispositions légales récentes, particulièrement de la loi « Bonnevay » concernant le logement social et son organisation, il présente dès 1913 un projet de création d’un office départemental d’habitations à bon marché, accepté un an plus tard, mais dont la réalisation n’interviendra qu’en juillet 1915. Henri Sellier en deviendra le président.

En raison de la guerre, la réalisation piétine : les priorités sont autres au cours de ces années sanglantes. Qu’à cela ne tienne ! A défaut de pouvoir construire, Henri Sellier prend son bâton de pèlerin et effectue l’inventaire des terrains éventuellement disponibles pour les constructions futures et commence à faire le choix des architectes qui auront bientôt à faire surgir de terre les chantiers. Si « Gouverner c’est prévoir », Henri Sellier, à son échelle et avec brio, prévoit et gouverne.

A son équipe d’architectes, il ne demande pas seulement des descriptifs, des plans et des maquettes, mais encore des études précises d’environnement, prenant en compte la topographie des terrains, les flux des trafics, les tendances d’évolution des communes, les types de populations qui habiteront dans les futures cités.

La paix étant enfin revenue, il importe, en matière de construction, de parer au plus pressé : loger les sinistrés des régions dévastées, réfugiés ou soldats démobilisés arrivant dans la région parisienne, peu touchée par le conflit. A cet effet, et dès 1920, l’on construira des habitations légères et provisoires, en somme, avant la lettre, les cités d’urgence des années cinquante… A partir de 1923, ce seront des ensembles plus durables qui verront le jour et comprenant à la fois des pavillons et des immeubles et, à la fin des années vingt, on optera définitivement pour des cités ne comprenant plus de pavillons.

Les chantiers se succèdent à vive allure et, en 1939, soit en vingt ans, l’Office départemental des Habitations à Bon Marché de la Seine aura construit plus de 17 000 logements, soit plus de 70 par mois, c’est-à-dire, compte tenu de l’importance des familles d’alors, de quoi loger 70 000 à 80 000 personnes.

C’est un réseau homogène et cohérent qui se développe dans les banlieues du département. Qu’on en juge : Arcueil, Bagnolet, Cachan, Boulogne-Billancourt, Champigny-sur-Marne, Charenton, Châtenay-Malabry, Drancy (tristement célèbre de 1941 à 1944…), Gennevilliers, Le Plessis-Robinson, Le Pré-Saint-Gervais, Les Lilas, Maisons-Alfort, Nanterre, Stains, Suresnes, Vanves et Vitry-sur-Seine. Le tout sur une surface totale de 3 200 000 m2, la cité la plus importante, Le Plessis-Robinson, comptant 2 000 logements, le plus petite, Bagnolet 111, Vanves venant en avant-dernière position avec 135.

Depuis, certaines ont été détruites : Arcueil, Bagnolet, Cachan, Drancy (partiellement), Les Lilas et Nanterre, mais, compte tenu des nouvelles constructions réalisées dans les autres cités, après la Seconde Guerre mondiale, l’ensemble représentait encore près de 19 000 logements ! L’œuvre d’Henri Sellier, de son bureau d’études, de ses architectes et de ses ingénieurs, s’avère considérable.

(à suivre)

© René Sedes